Une dédicace à l'architecte Charles Benvignat, au sculpteur Théodore Huidiez et au peintre Charles Stalars.... Par Angèle boddaert, historienne d’art et peintre décorateur.

Les décors que nous avons imaginé pour les nouvelles boutiques de la Maison Méert sont un hommage à l'ouvrage qu'ont réalisé Messieurs Benvignat, Stalars et Huidiez en 1839 pour la boutique située rue Esquermoise, à Lille; encore intacte aujourd'hui.

 Le décor des trois artistes fut quant à lui un hommage aux architectes de la Renaissance Sebastiano Serlio et Andrea Palladio. Ils se sont inspirés de leurs idées, comme l'ont fait de nombreux artistes de la seconde moitié du 19è siècle, notamment pour élever à Milan, à Bruxelles et à Paris des passages qui sont les lointains ancêtres de nos galeries commerciales.

 L’architecture de la boutique Méert, à Lille, s’apparente à celle de ces passages.  Elle présente en façade de larges étalages partagés par des colonnettes de cuivre et encadrés de marbre qui met en valeur les vitrines. Marbres et faux marbres, cuivres et dorures donnent de l’éclat aux ordonnances architecturales.

 A l’intérieur de la boutique une scansion d’hermes (ces bustes d’hommes et de femmes vêtus à l’antique dont les corps sont engagés dans des pilastres) supportent les marbres des comptoirs. Ils délimitent l’espace dédié aux gourmandises et le séparent du profane visiteur. D’autres éléments comme les feuilles d’acanthes, les pattes de lions, les cuirs…sont également empruntés au répertoire de la Renaissance; celle, plus flamande, de Vredeman De Vries cette fois…

La superbe élégance des rangements, tout en simplicité, tient au double arceau cuivré qui somme les étagères que rythment les colonnettes. Ensuite, Benvignat utilise à nouveau l’alternance de pilastres (en faux marbre cette fois) et de colonnettes de cuivre. Il y pose une gorge sur laquelle se déploie un décor chatoyant: Stalars a choisi d’y représenter des treilles, des fruits et des oiseaux qu’il place dans de très beaux rinceaux de branches de laurier, d’olivier, de lierre ou de trèfle… le tout peint sur un fond doré à la feuille.

La gorge soutient une coursive close par une balustrade de fer forgé très travaillée. Cette gorge resserre l’espace au dessus des étagères avant d’inviter le regard à découvrir le décor du second niveau puis celui du plafond. celui-ci fait allusion à la comédie et à la danse. L’ensemble se permet d’être aimablement théâtral: il ne s’impose pas, mais divertit, amuse et émerveille.

Ici intervient un facteur décisif: le temps. A l’époque de Messieurs Delcourt et Rollez, puis de Méert, les clients ont le temps, ou le prennent. L’architecte et les artistes décorateurs le prennent eux aussi: ils sont talentueux et ils ont l’intention de montrer ici ce dont ils sont capables…D’autant plus que les amateurs de pâtisserie d’alors voyagent moins que nous. Ils viennent et ils reviennent: il faut les émerveiller à chaque visite et leur fournir de quoi satisfaire leur curiosité. La gourmandise des yeux stimulerait-elle celle des papilles? Bien sûr! Le décor de la pâtisserie est donc riche et sophistiqué, à l’aune de la délicatesse des produits présentés; mais il appartient à une époque où le temps se prenait différemment.

Aujourd’hui, la donne a changé: lorsque les produits que l’on offre sont d’un très grand raffinement et demandent une main d’œuvre spécialisée, les impératifs de vente son sévères. La visibilité d’un produit et la lisibilité d’une marque sont d’une importance cruciale; le renouvellement doit être régulier.

Alors, si la lisibilité doit primer sur la sophistication d’un décor; veillons à ce que la lisibilité soit belle. Et utilisons le nom de la Maison comme support du décor.

 Inspirons nous donc des éléments qu’ont mis en place Benvignat, Stalars et Huidiez. Leurs structures permettent une présentation parfaite des produits. Conservons les piliers marbrés, les colonnettes, la gorge, les panneaux décorés.

Mais simplifions le décor des panneaux dans un premier temps, comme nous l’avons fait à Paris: peignons des sujets qui s’impriment dans l’esprit et s’attachent au souvenir que le visiteur emportera de la Maison Méert. Emerveillons comme à Lille par le chatoiement des couleurs et des matières; mais soyons plus direct. Que la symbiose soit plus complète entre décor et produit.

Voici pourquoi, à Paris, nous avons orné les panneaux de gaufres voltigeantes, de guimauves dans leurs bocaux, de pâtisseries, de chocolats … le tout est peint de manière à privilégier la lisibilité sans pour autant renoncer au raffinement du dessin et des couleurs. Nous avons ajouté à l’ensemble un aspect ludique, indissociable de notre époque… Au plafond des moules à gaufres d'un modèle ancien s’entrecroisent pour former une rosace de fantaisie. Partout la gaufre est mise à l’honneur, friandise fétiche, fabriquée à la pièce…